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samedi 22 octobre 2005

Le Méthane, danger et Espoir en Afrique

En Afrique, le méthane du lac Kivu représente à la fois un danger et une source d'énergie

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Lac Kivu - Rwanda - Source : Google

Le continent africain possède plusieurs lacs très dangereux car ils contiennent une grande quantité de gaz carbonique ou de méthane dissous dans leur eau. Ceux de Nyos et de Monoun, au Cameroun, sont hélas les plus connus, car ils ont provoqué au total, en 1984 et en 1986, la mort de 1.800 personnes et de nombreux animaux à la suite de l'émission brutale d'une grande quantite de CO2.

Depuis, pour contenir les risques, les deux lacs ont été "appareillés" - en 2001 pour Nyos et 2003 pour Monoun - avec un système de dégazage artificiel mis au point par Michel Halbwachs, professeur de physique à l'universite de Savoie, et la société Data Environnement, qu'il a créée.

Un autre lac est potentiellement très dangereux, le lac Kivu, situé dans le creux du rift africain entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). "Il contient mille fois plus de gaz dissous que le lac Nyos, et pourrait provoquer une émission gazeuse, en cas de déstabilisation de ses eaux stratifiées par une éruption volcanique par exemple", explique M. Halbwachs, qui a étudié le site avec des spécialistes internationaux. Cette menace pèse sur les 2 millions de personnes vivant à proximité du lac, et notamment les 400 000 habitants de la ville de Goma (RDC).


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Source : Google


Le gaz du lac Kivu - compose pour un cinquième de méthane et pour quatre cinquièmes de gaz carbonique - provient pour une grande part des déchets liés à l'activité humaine. Pour Nyos et Monoun, le gaz résulte d'une activité tectonique. "Le méthane représente le vrai danger, car il est vingt fois moins soluble que le C02 : avec vingt fois moins de gaz, on approche plus vite de la saturation", explique M. Halbwachs. Or, des mesures réalisées sur le lac Kivu ont montré que le taux de méthane avait augmenté de 15 % depuis trente ans et que la saturation serait acquise d'ici a la fin du siècle.

Le risque volcanique est réel, expliquent M. Halbwachs et trois chercheurs du Limnological Research Center de Kastanienbaum (Suisse) dans la revue Geochemistry, Geophycs, Geosystems du 26 juillet. Deux volcans actifs sont en effet situés près de la rive nord, le Nyiragongo, qui a connu une éruption en 1977 et en 2002, et le Nyamulagira. L'Union européenne avait mandaté plusieurs experts internationaux pour étudier les effets de l'éruption sur le lac. Après cette crise, l'hypothèse d'une intrusion magmatique, voire d'une éruption volcanique apparaissant dans les profondeurs mêmes du lac ne peut plus être totalement écartée. Des sédimentologues américains ont mis en évidence la trace laissée il y a quatre mille ans par d'anciens volcans.

L'éruption du Nyiragongo s'est propagée en direction du lac par des bouches éruptives le long d'une faille tectonique, jusqu'à 5 km du bord du lac. Si cette progression avait continué 6 à 7 km plus au sud, des épanchements magmatiques se seraient produits à 300 m de profondeur, provoquant une remontée des eaux chargées en gaz.

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L'éruption du Nyiragongo - Source : Google


Pour toutes ces raisons, "le lac Kivu représente un risque énorme, beaucoup plus important qu'on ne le pensait, ajoute M. Halbwachs. Il faut s'y préparer en extrayant le méthane, à la fois pour diminuer le risque et pour valoriser cette ressource énergétique".

Le scientifique français et son équipe étudient depuis 2002 un système d'extraction du méthane du lac Kivu à des fins industrielles. Une partie du procédé est similaire à celui utilisé à Nyos et Monoun. Une autre est destinée à enrichir le gaz extrait, pour atteindre un taux de 80 %.

Le Rwanda, qui n'a pas d'énergie propre, est intéressé par le procédé mis au point par les Français. "A la fin de l'année, le gouvernement rwandais devrait choisir l'entreprise qui installera sur le lac Kivu une station destinée à extraire 6 millions de m3 de méthane par an", précise M. Halbwachs. Ce qui implique aussi de trouver le financement de la station (1,5 million d'euros).

Si tout se passe bien, le lac Kivu pourrait être équipé mi-2007. La station d'extraction devrait servir dans un premier temps à fournir de l'énergie à la brasserie Heineken, installée pres du lac. A plus long terme, il devrait être possible de produire de l'électricité à partir des énormes quantités de méthane stockées dans le lac Kivu.



Désaccord sur les lacs Nyos et Monoun

Le nombre de systèmes d'extraction du gaz carbonique nécessaire aux lacs Nyos et Monoun pour assurer la sécurité des populations environnantes suscite une polémique entre spécialistes. George Kling (department of ecology and evolutionary biology , université de Michigan) et plusieurs de ses collègues estiment dans les Proceedings de l'Academie nationale des sciences américaines du 4 octobre que deux colonnes de dégazage supplémentaires sont nécessaires à Monoun et cinq colonnes à Nyos.


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Lac Nyos - Source : Google


Michel Halbwachs, professeur de physique à l'université de Savoie à Chambéry, qui a installé les systèmes d'extraction qui existent actuellement, et trois chercheurs du Swiss Federal Institute of Aquatic Science and Technology de Seestrass (Suisse), spécialistes de la structure et du comportement des lacs, sont en désaccord complet avec George Kling. Ils estiment qu'une colonne de dégazage en plus à Nyos et deux à Monoun sont suffisantes.


Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-699839@51-696746,0.html

Posté par Myriam Kieffer à 06:39 PM - Eau - Courants océaniques - Tsunamis - Permalien [#]