dimanche 13 novembre 2005
Impact des changements climatiques sur les oiseaux
On n'a jamais autant parlé de changements climatiques (en terme de
réchauffement) que ces dernières années… Les medias se font largement
l'écho de ce phénomène, avec une certaine tendance à tout expliquer par
le "coup de chaleur" de notre planète : inondations, incendies,
tempêtes, tout serait dû à ces fameux changements climatiques.

Gobemouche noir.
Introduction
On n'a jamais autant parlé de changements climatiques (en terme de réchauffement) que ces dernières années… Les medias se font largement l'écho de ce phénomène, avec une certaine tendance à tout expliquer par le "coup de chaleur" de notre planète : inondations, incendies, tempêtes, tout serait dû à ces fameux changements climatiques.
Il n'est pas douteux que la terre se réchauffe en effet.
Au 20ème siècle, on estime que cette hausse moyenne a été de 0,6°C. Les prévisions pour le siècle actuel sont nettement plus alarmistes puisque l'ensemble des modèles utilisés par le climatologues s'accorde à penser que cette hausse sera comprise en 1,5 et 4,8°C.
Les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique – au premier rang desquels figure le gaz carbonique – seraient responsables de cette hausse importante des températures. L'impact de cette hausse sur la circulation atmosphérique, mais aussi océanique, ne semble pas négligeable. Avec, en corollaire, une modification du climat et des écosystèmes terrestres et aquatiques.
Les oiseaux sont aussi concernés
Les oiseaux ne sont, bien sûr, pas en reste dans le grand "chambardement" climatique qui s'opère. Au regard d'autres groupes d'animaux, ces changements ne sont pas encore tous confirmés.
Les insectes, par exemple, réagissent beaucoup plus rapidement aux modifications climatiques. De plus, comme pour tout événement lié au climat, il convient de se garder de conclusion hâtive.
Bien souvent, les causes de régression ou d'accroissement d'une espèce d'oiseau sont gouvernées par plusieurs facteurs, et – dans le cas où le climat est probablement ou certainement impliqué – on ne peut les réduire aux seuls changements climatiques. La dynamique propre des populations concernées, la qualité des milieux, les ressources trophiques, les conditions d'hivernage pour les espèces migratrices sont autant de paramètres qui peuvent s'ajouter au facteur "climat".
Les études concernant ce problème des changements climatiques sur les oiseaux ne sont pas légions et proviennent presque essentiellement de la littérature anglo-saxone. En France, les données restent très éparses.
Cependant le suivi ornithologique régional mis en place depuis plusieurs décennies par les ornithologues amateurs, permet à présent de mieux appréhender la précocité avec laquelle reviennent les oiseaux migrateurs. Depuis une trentaine d'années, il apparaît qu'un certain nombre d'espèces migratrices dites "trans-sahariennes" reviennent plus tôt au printemps, comme l'hirondelle de rivage par exemple.

Hirondelle rustique Copyright P. Dubois.
Cela peut atteindre jusqu’une quinzaine de jours. Des données phénologiques, patiemment accumulées le prouvent, aussi bien en France qu'ailleurs en Europe. Ces retours sont corrélées avec la moyenne des températures printanières, lesquels se sont élevées pendant le même laps de temps.

Rouge queue noir mâle - Copyright P. Dubois.
De même les migrateurs partiels (les espèces qui hivernent par exemple dans le sud de la France ou sur le bassin méditerranéen) ont également tendance à revenir plus tôt. C'est le cas du rougequeue noir, du tarier pâtre ou de la bergeronnette grise.

Bergeronnette grise Copyright P. Dubois.
Et revenir plus tôt, c'est avoir la possibilité d'occuper les meilleurs endroits pour se reproduire et d'augmenter ses chances de mener à bien une nichée (voire même d'en faire une seconde ou une troisième).
Les migrateurs au long cours
C'est d'ailleurs en ce sens que les migrateurs au long cours sont probablement désavantagés par rapport aux espèces faiblement migratrices ou sédentaires.
Outre le voyage entre Afrique et Europe (avec la périlleuse traversée de la mer Méditerranée et celle, pire encore, du Sahara), les conditions d'hivernage sur le continent noir peuvent être catastrophiques pendant les périodes de sécheresse que le continent africain connaît régulièrement. Il s'ensuit une diminution drastique des populations.
De plus, comme cela a été magistralement montré par Both et Visser dans une étude, les migrateurs peuvent revenir… trop tard.

Gobe mouche noir
Ces deux chercheurs ont en effet montré qu'un petit passereau migrateur – le gobemouche noir – se reproduisait plus précocement que par le passé, notamment parce le pic d'émergence des chenilles dont il nourrit ses jeunes était à présent plus tôt en saison. Cependant, revenant d’Afrique équatoriale, son retour ne dépend que de la photopériode et de son horloge interne, et non des conditions climatiques d’Europe de l’Ouest. On n’a donc pas noté de retour plus précoce pour cette espèce. La « fenêtre » optimale de reproduction s’est donc réduite et une partie de la population niche encore trop tard pour exploiter convenablement le pic d’abondance des insectes. Ceci conduit à une forte pression de sélection pour les pontes précoces et à une dynamique de reproduction telle qu’elle conduit (pour partie) à terme à un déclin de la population.

Cigogne blanche
Certaines espèces sont peut-être en train de trouver la parade. En effet des migrateurs trans-sahariens, comme la cigogne blanche, le milan noir, l’échasse blanche, la guifette moustac, et même parfois les hirondelles, commencent à hiverner en petit nombre dans le sud de la France, mais aussi sur le littoral atlantique (davantage d’oiseaux le font en Espagne par exemple).

Guifette moustac
On ne sait pas quelle est la tendance à long terme de ce phénomène - qui a débuté à la fin des années 1980/début des années 1990 – ni quelle serait à la réaction de ces hivernants à la suite d’une série d’hivers rigoureux. Cependant, le nombre d’espèces migratrices au long cours qui commencent à montrer des signes d’hivernage en France ne cesse de croître.
Par ailleurs d’autres oiseaux qui n’étaient chez nous que des migrateurs venus du Nord et qui traversaient la France pour aller hiverner en Espagne ou au Maroc ont changé leurs habitudes. Ainsi la grue cendrée et l’oie du même nom. Ces deux espèces hivernent à présent en nombre important dans l’hexagone. Cela diminue le trajet de migration.

Oie cendrée Copyright P. Dubois
De plus elles arrivent plus tard en saison qu’il y a quelques années et repartent plus tôt (surtout l’oie cendrée). Ce qui donne plus temps à la période de nidification. L’augmentation des températures en France, mais également plus au nord a permis ce changement majeur de comportements hivernal et migratoire.
Les diverses études
Une étude française a montré que pour une espèce réputée sédentaire, la mésange bleue, les différentes populations (Midi versus Corse) réagissaient différemment à l'éclosion des insectes : certaines s'adaptent et se reproduisent plus tôt, d'autres maintiennent une asynchronie. Et ceci dans des habitats similaires mais spatialement distincts. Au cours du printemps, cette désynchronisation augmente conduisant les adultes à effectuer un effort métabolique trop important pour pouvoir nourrir correctement leurs jeunes. Ce qui entraîne une réduction du succès de reproduction.

Mésange bleue
Des résultats similaires ont été mis en évidence en Amérique du Nord . Aux Etats-Unis, une vaste étude le long des côtes californiennes a montré que le réchauffement des eaux avait pour conséquence une modification de la faune planctonique. Certaines espèces d'oiseaux marins ne trouvent plus de quoi se nourrir et connaissent une forte réduction de leurs effectifs.
C'est le cas du puffin fuligineux, qui niche dans l'hémisphère sud et qui passe la période internuptiale à pérégriner dans les eaux pacifique et atlantique. On estime qu'environ 40% de la population a disparu depuis 1987.
Beaucoup d'équipes de recherche s'attachent actuellement à l'aspect prédictif des changements climatiques sur l'avifaune.
Si les scénarios actuellement prévus se produisent, les écosystèmes risquent d'être profondément modification par les changements climatiques. C'est le cas des milieux montagnards et boréaux par exemple. L'accroissement des températures en zone montagneuse repoussera en altitude le cortège de fleurs inféodées aux prairies lesquelles pourraient être colonisées en partie par une végétation buissonnante ou par des espèces aux affinités moins montagnardes. Certains oiseaux, dont la présence en montagne est relictuelle (comme le lagopède ou perdrix des neiges) pourrait pâtir du réchauffement climatique. Idem pour certaines passereaux comme le merle à plastron.
Dans les régions les plus septentrionales de l'Europe, la taïga (forêt) pourrait croître vers le nord, du fait de températures plus clémentes et de l'augmentation du gaz carbonique, nécessaire à la croissance des arbres. La forêt, en gagnant vers le nord, le ferait au détriment de la toundra. Or cette dernière est un lieu primordial pour la reproduction de millions d'oies, de canards et de petits échassiers. Sa régression conduirait à celle de ces espèces, du fait d'un rétrécissement de la superficie disponible.
C'est ce que révèle une étude commanditée conjointement par la RSPB, le
PNUE, English Nature et le WWF. De plus avec la montée des eaux
marines, évaluée à 11-88 cm d’ici la fin du siècle, des zones
intertidales (c'est-à-dire des vasières) dans les baies et les
estuaires risquent de disparaître. Or ces milieux sont vitaux pour ces oiseaux d’eau, tant en migration qu’en hivernage, puisque c’est ici qu’ils se nourrissent.
Conclusion
Il reste encore beaucoup à étudier, d’autant que les travaux scientifiques, d’amateurs comme de professionnels, ne sont pas encore légion, notamment en France. On manque bien entendu du recul suffisant pour tirer des conclusions plus formelles, et l’on reste encore, dans bien des cas dans le domaine de l’hypothèse ou de la prédiction. N’empêche que le sujet est d’importance et cette augmentation des températures a, pour le moins, une origine anthropique.
Au-delà des constats, cela impose à la communauté scientifique comme aux gestionnaires de milieux naturels protégés de penser différemment la conservation des années à venir et proposer des pistes de travail afin d’anticiper les conséquences des changements climatiques à venir.
Il faut d’ores et déjà songer au réseau de réserves naturelles notamment en plaine qui manque encore de puissance. Réfléchir également sur le rôle de « corridors biologiques » qui permettraient aux espèces de se déplacer plus facilement d’un endroit à l’autre, au fur et à mesure que se modifiera le climat local, donc les écosystèmes.
Mais la solution passe avant tout par un changement profond des
mentalités. De toutes les mentalités. Et dans ce domaine, le chemin à
parcourir est long. Combien d’espèces risquent, entre temps, de
disparaître, victimes des conséquences de profonds changements
climatiques ?
Source : Futura-Sciences






















