- L’ASAR est un radar utilisé pour l’observation des océans, des calottes polaires et des icebergs comme B15A.
- RA-2 est un altimètre-radar qui analyse la topographie de la surface des océans et des calottes polaires.
- MERIS est un spectromètre conçu pour l’observation de la couleur des océans, et la mesure de leur concentration en phytoplancton.
lundi 17 septembre 2007
Qu'est-ce qu'un séisme glaciaire ?
Vous ne risquez pas de vivre un séisme glaciaire, à moins de vivre
vous-même sur un glacier. Mais voici en quoi consiste cette notion
étrange apparue dans la foulée des dernières études sur le
réchauffement des calottes glaciaires.

Margerie Glacier dans la Baie des glaciers en Alaska
Pourquoi un glacier bouge-t-il?
C'est
la question par laquelle il faut commencer. Il a fallu les derniers
progrès technologiques pour en avoir un portrait plus précis. La glace,
en fondant, «lubrifie» le roc sur lequel repose le glacier, et
favorise son déplacement: celui-ci «glisse» en quelque sorte plus vite.
Un glacier accélère-t-il ou fond-il simplement plus vite?
Un
mélange des deux. Toutes les études de la dernière décennie pointent
vers une diminution de la taille et de l'épaisseur des glaciers, autant
ceux de l'Arctique et de l'Antarctique que ceux des montagnes. Mais ils
bougent également. Et l'accroissement de la fonte leur procure plus de
«lubrifiant», donc, ils bougent plus vite.
Comment un glacier peut-il provoquer un séisme?
Même
si ce n'est «que» de la glace, un glacier est tout de même une masse de
plusieurs millions de tonnes. Une masse de plusieurs millions de tonnes
qui se déplace, même si ce n'est que de quelques centimètres par année,
entraîne avec elle des masses de cailloux, et arrache même des flancs
de montagnes. «L'arrachage» peut prendre des années, mais il finit tôt
ou tard par atteindre un point de rupture : c'est ce qui provoque le
séisme glaciaire.
Ce séisme est-il perceptible?
Par
les instruments, chaque fois, mais pas uniquement par eux. La semaine
dernière dans Science, Göran Ekström, de l'Université Harvard,
décrivait une secousse de l'ordre de 5 à l'échelle de Richter, causée
par le déplacement de 10 mètres d'une paroi de glace... de la hauteur
de l'Empire State Building et de la taille de l'île de Manhattan !
Y aura-t-il davantage de séismes?
Si
la tendance se maintient, oui. Plus la température augmente, plus la
fonte s'accélère et plus les glaciers bougent. Entre 1993 et 2002,
Ekström et son équipe ont calculé 6 à 15 séismes glaciaires. Mais le
total a grimpé à 20 en 2003, à 23 en 2004 et à 32 dans les 10 premiers
mois de 2005. Leurs chiffres s'ajoutent aux constats récents sur une
fonte plus rapide que prévue au Groenland et en Arctique.
Source :
http://www.cyberpresse.ca/
Crédit photos :
http://www.geog.ucsb.edu/
lundi 27 février 2006
Des carottes de glace révèlent un réchauffement de 2,5°C en 150 ans
Des carottes de glace prélevées en Sibérie sur le glacier du Belukha par une équipe suisso-russe ont révélé une hausse de température de 2,5 degrés Celsius au cours des 150 dernières années ainsi qu'une augmentation des polluants atmosphériques depuis 1940, date des débuts de l'industrie lourde en Sibérie.

Glacier du Belukha en Sibérie
L'équipe, dirigée par l'Institut suisse Paul Scherrer, a effectué les
carottages à environ 4.000 mètres d'altitude, sur les flancs de la
montagne Belukha, pic le plus élevé d'Asie centrale culminant à 4.506
mètres. Les carottes longues de 86 mètres forées dans le glacier ont
été transportées en Suisse pour analyse.
L'équipe a également observé l'accumulation de polluants dans la glace,
phénomène qui traduit l'industrialisation de cette région lointaine
limitrophe de la Mongolie, du Kazakhstan, de la Russie et de la Chine.
Pour déterminer l'évolution des températures, l'équipe a étudié la
diminution des concentrations en oxygène-18 dans la glace. Cet isotope
de l'oxygène influe sur la température et se stabilise lorsque la glace
fond. Les glaciers se formant par superposition de couches, à l'instar
des cernes d'un arbre, il est possible de dater les couches de façon
extrêmement précise et d'estimer les températures ambiantes lors de la
formation de la glace.
On peut lire dans le rapport, publié dans le Journal of Geophysical Research, que les
deux variables de température indiquent une tendance marquée au
réchauffement de l'ordre de 1,6 et 0,4 degré Celsius et 1,7 et 1,1
degré Celsius au cours du siècle dernier, le calcul se basant sur les
pourcentages de fonte et les concentrations en oxygène-18. Depuis
la moitié du 19e siècle, l'évolution des taux en oxygène-18 traduit une
tendance au réchauffement d'environ 2,5 à 1,7 degrés Celsius
.
Pour la même période, l'augmentation de la température moyenne à l'échelle mondiale est de 0,9 degré Celsius.
En Sibérie, cette augmentation de la température est à multiplier
presque par trois, phénomène que l'équipe pensait au départ pouvoir
expliquer par la fin du "petit âge glaciaire" avant d'en arriver à la
conclusion selon laquelle le réchauffement est plus probablement dû -
et c'est d'autant plus inquiétant - au climat continental de la région.

Carte de Sibérie
Les modèles de changement climatique prévoient une multiplication des
phénomènes météorologiques extrêmes, effet encore amplifié pour les
régions à climat continental. En fait, la situation s'est détériorée
depuis 1988, comme l'attestent les motifs visibles dans la neige et
correspondant à de la glace fondue et recongelée. L'apparition
soudaine de vastes épisodes de fonte depuis 1988 indique que les
niveaux supérieurs du glacier du Belukha subissent un changement de la
zone de recristallisation
vers la zone d'infiltration froide qui permet désormais la percolation
pluriannuelle des eaux de fonte, ce qui implique que la conservation
des propriétés d'accumulation et des propriétés géochimiques, y compris
celles permettant le calcul des variables de température, sont
aujourd'hui en danger
, peut-on lire dans le rapport.
Ces sévères conclusions contrastent avec la découverte paradoxale d'une baisse effective des teneurs en polluants dans la glace depuis le début des années 1980,
ce qui laisse supposer que leur production par l'industrie avait déjà
atteint son plafond quelque dix ans avant l'éclatement de l'Union
soviétique.
27022006_Des_carottes_de_glace_révèlent_un_réchauffement_de_2,5°C_en_150_ans.PDF
Source :
Futura-Sciences
Crédit Photo :
http://extreme.k2.omsknet.ru/
Crédit Map :
http://www.fundp.ac.be/
dimanche 29 janvier 2006
Les régions polaires : l'Arctique et la toundra
L'Arctique et l'Antarctique sont les régions
les plus froides du monde. L'Arctique est un océan partiellement gelé,
entouré de vastes étendues de toundra balayée par les vents.
L'Antarctique est un continent recouvert de glace, cerné par les mers
les plus agitées qui soient. Ils ont comme point commun - contrairement
aux autres habitats : des journées continues en été et une obscurité
permanente en hiver.
Toutefois, ils
présentent des différences physiques qui ont un profond impact sur la
faune. Dans l'Arctique, de nombreux animaux vivent sur terre, tandis
que la faune de l'Antarctique est presque entièrement marine.
L'Arctique et la toundra
S'étendant
sur environ 12 millions de km2, l'Arctique est le plus petit et le
moins profond des océans. Pendant plusieurs mois en été, la lumière du
jour permanente produit un apport constant d'énergie, exploitée par de
grandes quantités d'algues plactoniques. Ces dernières constituent le
premier maillon des chaînes alimentaires de l'océan Arctique, qui à la
fin nourrissent des animaux aussi gros que les cétacés et les ours
polaires.
La présence ou l'absence de glace de
mer est un facteur important qui détermine la présence des grands
mammifères, notamment en hiver, lorsque sa couche est la plus épaisse.
Les ours polaires et les renards arctiques marchent sur la glace pour
trouver de la nourriture, mais les phoques et d'autres mammifères
marins doivent disposer de trous pour respirer.
Malgré
la glace, la vie marine est abondante en Arctique, car l'eau froide a
une teneur élevée en oxygène et les sédiments des fonds marins sont
riches en nutriments.
Toutefois, sur
terre, la rigueur de l'hiver ne permet pas la vie des forêts, remplacés
par la toundra, paysage ouvert souvent plat, lissé par les glaciers
lors de la dernière période glaciaire. Aujourd'hui, les glaciers de
l'Arctique se limitent principalement aux montagnes et à la calotte
glaciaire qui recouvre le Groenland, mais de grandes étendues du
sous-sol de la toundra restent gelées en permanence.
Cette
zone gelée - la couche de permafrost - empêche l'écoulement de la neige
fondue au printemps, d'où l'abondance des plans d'eau dans une région
où la pluie et la neige sont paradoxalement très faibles.
A la fin du
printemps et au début de l'été, les plantes de la toundra poussent et
fleurissent très rapidement. Les oies et autres oiseaux migrateurs
viennent se reproduire, et un nombre considérable de moustiques quitte
les mares de la toundra. Le départ des migrateurs, lorsque le court été
touche à sa fin, marque la fin de l'année.
Quelques animaux de l'Arctique
LE HARFANG DES NEIGES est contraint de chasser le jour pendant les semaines d'été
UN PELAGE DE SAISON Lorsque le renard arctique change de couleur, la consistance de sa fourrure se modifie aussi
LES PHOQUES entretiennent des trous de respiration durant tout l'hiver arctique
LES LEMMINGS constituent la nourriture de nombreux prédateurs de l'Arctique, dont les renards
LE LAGOPEDE DES SAULES, comme bien d'autres animaux, se pare d'un plumage blanc en hiver pour se fondre dans la neige
L'OURS POLAIRE est un excellent nageur. Il est aussi à l'aise sur une banquise dérivante que sur la toundra
LES MORSES sont des animaux très sociables qui se regroupent en vastes troupeaux
A la différence
de l'Antarctique, l'Arctique n'est pas un continent, et ses limites
sont plus difficiles à définir. On qualifie d'arctique tout ce qui se
trouve au nord de la treeline - ligne au-delà de laquelle les
arbres ne poussent plus -, ce qui englobe, en gros, toutes les régions
dans lesquelles la température ne dépasse pas 10°C en plein été.
La
moitié de ces régions est couverte par l'océan Arctique, centré sur le
pôle Nord, et par ses mers périphériques, dont la mer de Barents, la
mer du Groenland, la mer de Norvège, la mer de Kara, la mer des Laptev,
la mer de Sibérie orientale, la mer de Beaufort et la mer des
Tchouktches.
La seconde
moitié est représentée par les terres qui s'étendent au-dessus du
cercle polaire arctique, sont la plus grande partie du Groenland ainsi
que les marges septentrionales des continents eurasien et
nord-américain.
Le mot "arctique" vient du grec Arktos, qui désigne la constellation boréale de la Grande Ourse. Il se trouve qu'il existe également une espèce arctique d'ursidé, l'ours polaire, dont le nom scientifique est Ursus maritimes.
290106_Les_Régions_Polaires_: l'Arctique_et_la_Toundra.pdf
Source :
Le Règne Animal - Editions Gallimard
Nature Extrême - Bill Curtsinger - National Geographic
Crédit photos :
Le Règne Animal - Editions Gallimard
Animal - Steve Bloom - Editions de la Martinière
Les Oiseaux de proie - Atlas Nature
Vie Sauvage - Dakota Editions
jeudi 19 janvier 2006
Et si les mammouths revenaient pour sauver la planète ?
Face aux insuffisances de la protection des espèces animales
menacées, certaines initiatives scientifiques envisagent la reconstitution
d'écosystèmes disparus depuis plus de dix mille ans. Des projets qui auront des
conséquences directes sur la biodiversité – mais aussi sur l'effet de serre.
"Sergueï Zimov n'est pas Steven Spielberg, mais si ce robuste biologiste russe
arrive à ses fins, il pourrait un jour accomplir ce dont avait rêvé le
réalisateur américain. En effet, il tente de recréer un paysage disparu depuis
dix mille ans, c'est-à-dire depuis la dernière période glaciaire, et, si
possible, peuplé de mammouths laineux. Le projet s'appelle Pleistocene
Park, mais n'est pas une attraction touristique. Zimov veut répondre à des
questions fondamentales sur l'impact des premiers hommes modernes sur
l'environnement et, en même temps, il pourrait sauver la planète", annonce
mystérieusement New Scientist.
Source : Sciences Humaines Hors-Série
Il y a environ dix mille ans, de nombreuses espèces de grands mammifères ont
disparu de la surface de la planète, à mesure que s'y répandait l'homme moderne.
Un bouleversement qui marque la fin du pléistocène, une ère géologique commencée
il y a 1,6 million d'années. A l'issue de cette période, qui couvre l'ensemble
des récentes glaciations, "des dizaines d'espèces de grands animaux se sont
éteintes à travers l'Eurasie du Nord, les Amériques, l'Australie et Madagascar.
L'Amérique du Nord, la région la plus sévèrement touchée, perdit brutalement
70 % de ses grands mammifères", rappelle l'hebdomadaire britannique de
vulgarisation scientifique.
Selon une théorie, le recul des glaces provoqua un changement du climat et de la
végétation qui fut fatal aux grands herbivores. La disparition de ces derniers
sonnait à son tour le glas de leurs prédateurs, dont les tigres à dents de sabre
et les lions des cavernes. Mais Zimov, directeur de la station scientifique de
Tcherski, qui dépend de l'Académie des sciences de Russie, dans le nord de la
Sibérie orientale, n'est pas d'accord avec cette explication. Il rend l'homme
responsable de l'extinction des grands mammifères, décimés par la chasse.
Dès 1989, il applique son projet Pleistocene Park en Iakoutie, aux
confins de la Sibérie, autrefois destination de dissidents soviétiques exilés.
Son parc "s'étend sur 160 km2 de steppe et de forêt dans le bassin du
fleuve Kolyma, à une trentaine de kilomètres au sud de Tcherski". Son objectif
est d'y recréer l'écosystème des "steppes du mammouth", qui dominait autrefois
en Sibérie du Nord-Est, mais aussi en Europe occidentale, au Canada et dans le
nord de la Chine. Un écosystème caractérisé par "de vastes étendues de steppe
froide et sèche, couverte d'herbes ondulantes et regorgeant de troupeaux
d'herbivores – mammouths, bisons, élans, rhinocéros laineux, yacks, antilopes
saïgas, bœufs musqués, chevaux, rennes", note New Scientist. Après les
herbivores – ou du moins ceux qui existent encore de nos jours – ce serait au
tour de leurs prédateurs carnivores d'être introduits dans le parc : loups,
ours, lynx, voire tigres de Sibérie.
Le projet de Sergueï Zimov n'est
pas le seul du genre. Aux Etats-Unis, une équipe de chercheurs dirigée par Josh
Dolan, de l'université Cornell, a lancé l'an dernier un plan analogue de
reconstitution d'un écosystème du pléistocène tardif. "L'idée est d'encourager
activement la réintroduction en Amérique du Nord de grands vertébrés sauvages
pour remplacer les animaux nuisibles et les mauvaises herbes qui dominent le
paysage", écrit-il dans un article publié par Nature. "Cette reconstitution de la faune du pléistocène
serait accomplie grâce à une série d'interventions prudentes dans la gestion de
l'écosystème – en utilisant des espèces très proches des grands vertébrés du
pléistocène disparus. Cela revient à modifier le principe sous-jacent de la
protection de la nature, en passant d'une gestion de l'extinction des espèces à
une restauration active des processus naturels."
Par exemple, il est
question d'introduire l'hémione d'Asie – une sorte d'âne sauvage –, le cheval de
Przewalski, le chameau de Bactriane, le guépard, l'éléphant d'Asie et l'éléphant
d'Afrique, ainsi que le lion. Cela pourrait prendre un siècle, mais pourrait
aboutir à "la création, en Amérique du Nord, d'un ou de plusieurs parcs
historiques écologiques couvrant de grands espaces de la région des Grandes
Plaines, en déclin économique". La reconstitution de la faune du pléistocène
serait "une solution optimiste" au problème de l'extinction des espèces.
Sergueï Zimov vise quant à lui un objectif encore plus ambitieux. Dans
un article publié par la revue Science, il explique que son idée, si on l'appliquait à
grande échelle, permettrait d'éviter la diffusion dans l'atmosphère de centaines
de gigatonnes de carbone organique retenu dans le permafrost – le sol gelé en
permanence –, ce qui pourrait freiner l'effet de serre. "On pourrait éviter le
scénario catastrophe en restaurant les conditions présentes au pléistocène,
quand les herbes et leurs racines stabilisaient le sol. La capacité à réfléchir
les rayons du soleil de ces écosystèmes est élevée, ce qui réduit le
réchauffement du sol. Et, avec la présence de grands herbivores, la neige serait
piétinée la plupart du temps, ce qui renforcerait le gel du sol et éviterait la
fonte de la glace. En conclusion, cela signifie que la reconstruction des
écosystèmes verts, comme dans le Pleistocene Park, pourrait atténuer quelques
conséquences négatives du réchauffement climatique."
Enfin, "qu'en
est-il des mammouths ?" reprend New Scientist. "Des scientifiques russes
et japonais ont tenté de cloner ces géants en utilisant des ovules d'éléphants
et l'ADN de restes de mammouth trouvés dans le permafrost. Mais cela relève de
la science-fiction, d'après Adrian Lister, un expert des mammifères du
pléistocène au University College de Londres – 'Je ne pense pas que cela
marchera à partir de l'ADN pauvre et fragmentaire dont nous disposons', dit-il.
Zimov est plus optimiste, mais réaliste quant aux délais nécessaires : ‘Si
quelqu'un, dans le futur – dans des dizaines d'années, au mieux – arrive à
recréer le mammouth, alors le Pleistocene Park sera le meilleur endroit pour
accueillir cet animal.'" Zimov n'exclut pas qu'à terme ce parc soit ouvert aux
touristes amateurs d'aventure. "On pourrait même y organiser de grandes parties
de chasse, plaisante-t-il, mais seulement avec des armes de pierre fabriquées
avec les ressources du parc."
190106_Et_si_les_mammouths_revenaient_pour_sauver_la_plan_te.pdf
Source : Courrier International - 16 janvier 2005
Crédit Photos : chanter.com/
jeudi 8 décembre 2005
Les lacs arctiques en voie de disparition ?
Le réchauffement climatique en
cours engendre des changements écologiques majeurs dans les lacs arctiques.
Telle est la conclusion d’une étude qui est la première à montrer une réponse
biologique des lacs de cette région au réchauffement.
"Ainsi, des écosystèmes entiers des lieux les plus retirés,
primitifs, éloignés de l’influence directe de l’homme, sont affectés par le
changement climatique," déclare le Dr Neal Michelutti, de
l’Université d’Alberta. Avec le réchauffement climatique, le permafrost est en train de fondre. Comme c’est
le permafrost qui assure l’étanchéité du lac, dès qu’il fond, l’eau s’infiltre
dans le sous sol, et le lac se vide très rapidement.
Afin de mener leurs
recherches, les scientifiques ont utilisé une technique innovante : la
spectroscopie de réflexion. Elle leur a permis d’effectuer des observations à
des longueurs d’onde inaccessibles à l’œil humain et de recueillir des
informations sur la composition chimique des sédiments de six lacs de l’île de Baffin. Les chercheurs ont trouvé une forte augmentation de la
concentration en chlorophylle a, un bon indicateur de la production de tout
l’écosystème.
"Ce qui est alarmant," indique Michelutti,
"c’est l’ampleur et le rythme des changements." En
effet, durant les derniers milliers d’années, les concentrations en chlorophylle
a étaient très faibles et ne variaient guère. Depuis 150 ans environ, ces
concentrations ont commencé à augmenter rapidement. Cela correspond aux débuts
de la Révolution Industrielle, à une période où l’activité humaine a commencé à
avoir un impact majeur sur la chimie atmosphérique globale.

![]()
En trente ans, le permafrost (sol gelé en permanence) a perdu 80
000 km²
Crédits : AWI
Source : CIRS, le 04/12/2005 à 15h42
mardi 22 novembre 2005
L’Arctique fond et ses habitants paient l’addition
L’Arctique est en train de connaître
de profonds
bouleversements climatiques
En 2004 déjà, l’étude Arctic Climate Impact
Assessment indiquait que la région avait connu le réchauffement le plus
important de ces dernières décennies à l’échelle mondiale, avec des températures
moyennes annuelles de 2 à 3 degrés C° plus élevées que dans les années
cinquante.

Ce réchauffement a bien entendu profondément modifié l’état des
glaces de la région. La glace marine de la fin de l’été arctique s’est amincie
de 40 % par endroits, l’épaisseur de la banquise, qui était de 4,88 m en moyenne
dans les années 1980, n'est plus que de 2,75 m. De plus, en septembre dernier on
a enregistré la plus faible étendue de glace arctique jamais observée par
satellite, avec seulement 3.3 millions de km2 de banquise, soit une baisse
d’environ 20 % par rapport à la moyenne basse de septembre pour la période
1978-2001. Une superficie de 800,000 km2, soit 1,5 fois la France, a ainsi été
perdue.
De tels changements ne vont pas sans de graves perturbations pour
les communautés de l’Arctique, concernant notamment la chasse. Pour les quelque
155 000 Inuits vivant dans la région, la chasse est, au-delà d’un moyen de
subsistance, un véritable lien social, culturel et économique. La transformation
forcée de ces sociétés traditionnelles basées sur la subsistance en sociétés
économiques basées sur le salariat est une véritable catastrophe. Dans les
villes d’Arctic Bay et Igloolik, le chômage dépasse les 20 %, l’alcoolisme est
un problème grave et le taux de suicide est un des plus élevés au monde. De
plus, la chasse étant en diminution, le passage de la nourriture traditionnelle
à des aliments commerciaux a entraîné une augmentation des taux d’obésité et de
diabète, notamment parmi les jeunes générations.
La faune ne se porte
guère mieux. Il n’est pas rare maintenant de voir des ours blancs faméliques
roder près des villages en quête de nourriture. Le réchauffement est en train de
tuer à petit feu le plus grand carnivore terrestre, dont il ne reste que 22 000
spécimens. La banquise est capitale pour les ours polaires car c'est depuis
cette plate-forme gelée qu'ils chassent les phoques, leurs proies principales.
Avec la diminution de cette dernière, les ours chassent moins et meurent de
faim. De plus, les femelles se montrent plus sensibles à cette disette qui
provoque une altération de leur processus de lactation, résultat on assiste à un
accroissement de la mortalité chez les oursons. On pourrait également parler des
colonies de goélands décimées, des caribous malades, de l'apparition d'insectes
et de plantes inconnus sous ces latitudes, des morues de l'Atlantique migrant
encore plus au nord à la recherche d'eaux froides, ...
Selon des scientifiques, ayant procédé pendant cinq ans à une évaluation de la couche d’ozone de la Terre, la dégradation de l’ozone au-dessus du Pôle Nord a atteint des sommets, ce printemps, avec la perte de près de la moitié de l’ozone à 18 kilomètres au-dessus du pôle et la destruction de 30 % de la couverture totale de l’Arctique. Il semblerait que l’accumulation dans l’atmosphère des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement planétaire, pourrait paradoxalement entraîner le refroidissement de la haute atmosphère, et contribuer ainsi à l’amplification de la perte en ozone. Les scientifiques prévoient qu’un « trou » dans l’ozone, similaire à celui qui est apparu au-dessus du Pôle Sud pourrait apparaître au-dessus de l’Arctique d’ici deux décennies.
De plus, une autre interaction humaine a été mise en avant
pour expliquer cette situation en Arctique. Le Journal of Geophysical Research a
trouvé une corrélation entre la fonte des glaciers de l'Arctique et les
quantités de 'suie' produites par l'homme au cours du XXe siècle. En effet, les
particules de suie, lorsqu'elles se déposent sur la glace, favorisent
l'absorption de lumière, accélérant le dégel et leur présence dans le ciel
nordique altère la météorologie en réchauffant l'air. Un tiers de cette suie
proviendrait des émissions carbonées en Asie du Sud-Est, un autre tiers des feux
de forêt et autres combustions dans la nature et le reste des fumées
industrielles et de la pollution automobile
occidentale.
Source : Univers-Nature - Crédit Photos Google Images
lundi 21 novembre 2005
L’iceberg B-15A s’est brisé en morceaux
Un géant de glace en miettes
Après avoir conservé pendant cinq ans le titre de plus grand objet flottant de la planète, l’iceberg B-15A s’est brisé en morceaux au large du Cap Adare, dans l’Antarctique. Le satellite Envisat de l’Agence spatiale europeenne (ESA) a été témoin de la fin du géant, qui a donne naissance à neuf gros blocs et à une kyrielle de petits morceaux de glace autour des 27-28 octobre.
Jusqu’a cette date B-15A mesurait 115 km de long pour une superficie de 2.500 km2.
Cet enorme iceberg était lui-même la plus grosse pièce de l’iceberg B-15 qui s’est séparé de la plate-forme de Ross en mars 2000, avant de se briser et de bloquer les courants dans le détroit de MacMurdo, ou s’est constituée une mer de glace. En avril dernier le B-15A est entré en collision avec la langue de glace de Drygalski, qui a perdu un beau morceau au passage.
L’iceberg s’est ensuite echoue au large du Cap Adare et a fini par craquer, se brisant selon des failles deja existantes. Les trois plus gros icebergs ont a leur tour ete baptises B-15M, B-15N et B-15P.
Le satellite Envisat suit l’evolution de ces blocs de glace grace a son instrument radar ASAR (Advanced Synthetic Aperture Radar) qui est sensible aux differents types de glaces, la plus ancienne qui forme la surface des icebergs ou la plus fraiche qui flotte sur la mer.
Source : Le Nouvel Observateur Sciences et Avenir, 08/11/05 - Credit Photos http://earth.esa.int/
mardi 15 novembre 2005
Le carottage des calotes glaciaires
Cet article explique comment
l’analyse des glaces obtenues par carottage dans les calottes polaires
(Antarctique, Groenland) et dans les glaciers permet de reconstituer
les variations de la température et de la composition chimique de
l’atmosphère dans le passé, et cela jusqu’à il y a 400 000 ans environ.

Au coeur de la glace
Introduction
L’apport de cette discipline scientifique récente (l’analyse des glaces
obtenues par carottage dans les calottes polaires (Antarctique,
Groenland) et dans les glaciers) s’est révélée déterminante pour la
compréhension du climat de la Terre et de son évolution sous
l’influence des facteurs naturels et anthropiques.

Figure 1 : Sites des forages couvrant au moins les derniers
20 000 ans en Antarctique. Le site de Vostok a fourni
des échantillons remontant à 400 000 ans ; au-delà, on
atteint un lac sous-glaciaire, puis le socle rocheux sousjacent.
Les calottes de glace, qui forment nos grandes réserves d’eau douce,
constituent des archives uniques de l’environnement passé. Dans les
régions les plus froides, les neiges, préservées et accumulées parfois
depuis des centaines de milliers d’années, conservent la mémoire des
conditions climatiques de leur époque.
Pour comprendre les mécanismes climatiques, comme le lien entre climat
et cycle du carbone, à l’aide des glaces, il faut comparer les mesures
provenant de différents sites. On distingue alors mieux les effets
locaux dus à la température et aux précipitations. On met en évidence la composante régionale qui raconte d’où sont venues les neiges, de quoi était faite l’atmosphère. On identifie les impacts hémisphériques ou planétaires des éruptionseffet de serre.

Figure 2 : Sites des forages couvrant au moins
les derniers 20 000 ans au Groenland.
Pour obtenir ces précieuses informations, on commence par effectuer
des carottages dans les calottes de glace polaire et dans les glaciers,
tropicaux et tempérés, de très haute altitude. Un système de forage
extrait des morceaux de glace de près de deux mètres de longueur sur
une dizaine de centimètres de diamètre. L’analyse des échantillons de
glace se situe donc largement en aval d’opérations logistiques et
techniques délicates, mobilisant des équipes de plusieurs dizaines de
personnes sur le terrain (repérages, transport du matériel et des
hommes, installation du camp, carottage, transfert d’échantillons gelés
depuis les sites de carottage jusqu’aux laboratoires), qui ont commencé
dans les années 1960. Ces opérations lourdes et coûteuses expliquent
pourquoi très peu de forages glaciaires ont été menés à bien à ce jour,
en comparaison des forages en milieu océanique ou continental (lacs,
tourbières).
Au centre de l’Antarctique et du Groenland, les forages durent
plusieurs années mais atteignent des profondeurs de plus de trois
kilomètres. En revanche, une campagne de carottage est réduite à
quelques jours pour les glaciers de haute altitude, dont les épaisseurs
ne dépassent pas 100 à 200 mètres.
Après le forage, les cylindres de glace sont découpés sur le site ("
tranchée scientifique"). Une première série de mesures, non
destructives, sert à déterminer la stratigraphie de la glace.
Ainsi, la conductivité électrique d’une carotte indique la
concentration de poussières continentales et d’acides. Elle traduit
l’aridité continentale, qui favorise le soulèvement de poussières, et
l’intensité du transport atmosphérique, deux facteurs généralement plus
importants en période froide.

Figure 3 : Analyses in situ. Dès la remontée de la carotte, les analyses (non destructives)
commencent dans la tranchée scientifique creusée à même la glace (ici à GRIP, au Groenland).
La carotte est ensuite échantillonnée pour les différents types de
mesures. En général, la moitié de la carotte est conservée comme
archive en cas de nouveaux développements analytiques. L’ensemble des
carottes est ensuite transporté en respectant la chaîne du froid (<
– 15 °C), puis stocké dans des chambres froides (– 25 °C) à proximité
des laboratoires d’analyse.
Quand la froidure allège les neiges
Les mesures « destructives » classiques, réalisées en laboratoire,
portent sur la phase solide (glace) ou la phase gazeuse (bulles d’air
ou hydrates gazeux). Les cristaux de glace, par leur taille, dressent
déjà un tableau qualitatif du climat passé ; en particulier, la
température de la glace influence leur vitesse de croissance. Mais les données quantitatives sont apportées par les compositions chimique et isotopique de la glace.
La composition isotopique de la glace détermine la température. Pour l’expliquer, partons d’une eau océanique qui s’évapore. Les
molécules légères demandent moins d’énergie que les lourdes pour
s’évaporer. En conséquence, la masse d’air humide est enrichie en
isotopes légers alors que la mer s’enrichit en isotopes lourds.
Cette masse d’air, transportée vers les pôles, se refroidit au cours de
son voyage et son eau se condense au fur et à mesure. Sa vapeur
s’enrichit d’autant plus en isotopes légers, les lourds étant
préférentiellement emportés dans les pluies. La relation entre
teneur isotopique et température est liée à la pression de vapeur
saturante de l’eau et de ses isotopes qui dépend de la température.
Plus la température du lieu de condensation est basse, plus le
fractionnement est important : plus la vapeur s’appauvrit en isotopes
lourds et la phase solide s’enrichit en isotopes lourds. Arrivées à
destination, les neiges qui tombent sur les pôles renferment de 3 à 5 %
d’oxygène-18 (18O) en moins que la source océanique.


Les mesures actuelles fournissent la relation existant entre la
température atmosphérique et la composition isotopique et définissent
donc un thermomètre isotopique.
Au final, la composition isotopique de la neige des calottes polaires
dépend linéairement de la température de l’air au moment de la
précipitation neigeuse : le principe, extrapolé, donne accès aux
températures du passé.

L’excès en deutérieum défini par d = δD - 8* δ18O signe la température de la région océanique où s’est produite l’évaporation initiale des masses de vapeur d’eau parvenant aux pôles.
En effet, les coefficients de fractionnement à l’équilibre pour le
deutérium et l’oxygène-18 ont un rapport d’environ 8, qui contraint au
premier ordre un facteur 8 entre les compositions des précipitations
dans ces deux isotopes (pente de la droite dite « des eaux météoriques
», mesurée à l’échelle planétaire dans les précipitations
échantillonnées par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique).
Au second ordre, dans les processus de fractionnement hors équilibre
(évaporation à la surface de l’océan, formation des cristaux de glace),
apparaît un fractionnement cinétique supplémentaire dû aux différences
de diffusivité des divers isotopes. Cet effet de second ordre
justifie la définition de l’excès en deutérium. À l’évaporation, ce
fractionnement cinétique appauvrit moins la vapeur formée en deutérium
qu’en oxygène-18, et dépend des conditions d’évaporation : température
de surface, mais également humidité relative de l’air et vitesse du
vent. Les modèles de distillation et les modèles de circulation
générale de l’atmosphère incluant les isotopes stables de l’eau
montrent que le signal de l’évaporation dans l’excès en deutérium est
conservé le long de la trajectoire des masses d’air jusqu’aux pôles.
Au second ordre, le fractionnement isotopique n’est pas exactement le même pour l’hydrogène et l’oxygène, et l’excès en deutérium dépend de la température de la source océanique des neiges polaires.
Des neiges heureusement impures
L’atmosphère transporte des poussières, du sel marin et divers composés
chimiques, qui se mélangent aux précipitations neigeuses et finissent
enfermés dans les glaces. Ces impuretés nous délivrent également des
messages importants. Un exemple : l’océan, les volcans
et les activités humaines émettent des composés soufrés dans
l’atmosphère ; là, ces composés s’oxydent et se transforment en
gouttelettes de sulfates ; les aérosols ainsi constitués sont
incorporés aux neiges ; leur concentration et leur composition
isotopique nous renseignent sur l’origine du soufre qu’ils contiennent.

Relation entre température et séparation isotopique : La relation empirique entre température de condensation et
composition isotopique des précipitations est en accord avec les calculs théoriques de distillation (modèles de Rayleigh) et résulte de la dépendance à la température des coefficients de fractionnement (rapport entre teneur isotopique du condensat par rapport à la vapeur).
De même, le strontium et le néodyme des poussières piégées dans les
glaces identifient leur source continentale. Par sa composition
isotopique, le plomb nous raconte de quel type d’essence il est issu.
Le béryllium-10 (10Be)
produit par les rayons cosmiques dans la haute atmosphère sert à dater
la glace, à suivre les variations de l’activité solaire et à retracer
les modifications du champ magnétique terrestre.
Pour des sites où l’accumulation de neige dépasse la dizaine de
centimètres par an, l’analyse des impuretés révèle des variations
saisonnières qui permettent de compter les couches annuelles et de
réaliser des mesures très détaillées. La
glace polaire demeure, toutefois, un matériau extrêmement pur dans
lequel la teneur des impuretés dépasse rarement le millionième de masse
de glace. Cela impose des conditions analytiques d’une grande
propreté pour éviter toute contamination des échantillons (travail en
salle blanche), ainsi que l’usage de techniques très pointues
(chromatographie ionique, spectrométrie de masse…) sur quelques
millilitres d’échantillon.
Les glaces conservent de l'air fossile
L’air fossile piégé dans les carottes de glace est un moyen unique pour accéder directement aux atmosphères du passé.

Cliquez pour agrandir

Il nous renseigne sur l’évolution des gaz à effet de serre (principaux gaz à effet de serre : le dioxyde de carbone CO2, le méthane CH4, et le protoxyde d’azote N2O).
On peut ainsi quantifier l’impact de l’activité humaine par rapport aux
teneurs naturelles, préciser la relation entre gaz à effet de serre et
climat, et évaluer les interactions climatiques avec les cycles
bio-géochimiques.
Les molécules des gaz à effet de serre séjournent longtemps dans l’air
avant d’être détruites (durée de vie de quelques années pour le CO2, de dix ans pour le CH4).
Ces temps de séjour, très supérieurs au temps caractéristique de
mélange de l’atmosphère, conduisent à des concentrations en gaz à effet
de serre remarquablement homogènes sur le globe. Les profils des
gaz à effet de serre dans les carottes de glace permettent donc de
dater, par comparaison, ces dernières à différents endroits.
L’analyse isotopique de ces gaz infirme également sur leur origine et
affine donc notre compréhension du cycle du carbone. Enfin, le monoxyde
de carbone (CO) retrace l’évolution de la capacité oxydante de
l’atmosphère, qui affecte par exemple le temps de séjour du méthane
dans l’air. Par ailleurs, les isotopes de l’oxygène atmosphérique,
sensibles aux processus de respiration et de photosynthèse, donnent une
estimation de la productivité biologique.

Les cristaux de neige, en s’accumulant, piègent entre eux un peu d’air.
À une profondeur de 50 à 100 mètres, la neige se transforme en glace à
cause du tassement des couches neigeuses amoncelées année après année.
La porosité de la neige permet la circulation de l’air dans le névé,
mais quand la glace atteint une densité de l’ordre de 0,8, les pores se
ferment et des bulles d’air se retrouvent isolées les unes des autres.
Environ 10 % du volume de la glace naturelle sont ainsi constitués de
gaz.L’air diffusant rapidement au sein du névé, l’air et la glace
prélevés à une même profondeur ne sont pas forcément contemporains.
La différence d’âge s’élève à plusieurs milliers d’années à Vostok, où
le taux d’accumulation est faible. C’est une source d’incertitude non
négligeable qu’il faut prendre en compte lorsqu’on analyse l’ensemble
des informations pour en déduire les conditions climatiques.
L’évolution des gaz à effet de serre, enregistrée dans les bulles
d’air, devra être recalée dans le temps sur celle de la température,
mesurée dans la glace. Certains gaz (azote, gaz rares) ont une
composition atmosphérique stable à l’échelle de plusieurs cycles
climatiques. Leur diffusion, dans la partie poreuse de la calotte, est
affectée par les variations de température qui se produisent à la
surface des calottes ou par celles de l’accumulation des neiges. Il en
résulte des fractionnements thermiques ou gravitationnels sur leurs
isotopes. Les mesures isotopiques permettent donc aussi d’estimer les
variations passées de température, d’accumulation, ainsi que les
différences d’âge entre les gaz et la glace.
Ils aident aussi à recaler dans le temps les résultats provenant des carottes de glace et ceux provenant de sédimentsCar la datation de la glace est très délicate !
marins.
Dater les glaces
Les échelles de temps couvertes par les carottages dépendent du taux
d’accumulation de la neige (quantité nette de neige restant à la
surface au bout d’une année) ainsi que de la vitesse d’écoulement de la
glace. C’est
au centre de l’Antarctique, à Vostok, l’un des endroits les plus secs
et les plus hostiles de la planète (2 cm de précipitations par an,
température moyenne annuelle de – 55 °C), que l’on a extrait la glace
la plus ancienne, datant de 400 000 ans. Au contraire, certains
forages des glaciers tropicaux ne couvrent que les derniers siècles,
mais avec une résolution temporelle de l’ordre du mois.
Plusieurs sites permettent de remonter depuis le climat actuel jusqu’au maximum de la dernière période glaciaire, il y a 20 000 ans, ce qui aide à corréler les carottes entre elles.

Au coeur de la glace
Mais comment dater la glace ? On a vu que, parfois, les impuretés identifient des couches annuelles.
La radioactivité (activité bêta ou gamma) des essais nucléaires
atmosphériques (1954-1958 et 1965-1966) ou de l’accident de Tchernobyl
(avril 1986) reste mémorisée dans la glace et constitue ainsi un
marqueur stratigraphique. Les éruptions
La teneur en 10Be de la glace dépend uniquement du
taux d’accumulation de neige sur le site si le champ magnétique
terrestre et de l’activité solaire sont restés constants. La
comparaison du 10Be aux profils de 14C mesurés dans les cernes d’arbres, bien datés, détermine une échelle absolue d’âge pour la glace. On
peut estimer les taux d’accumulation à partir des isotopes de l’eau, et
puisque la glace flue, on calcule des modèles d’écoulement de la glace.
Enfin, on corrèle les données provenant des glaces avec celles tirées des sédiments
volcaniques, connues par ailleurs et repérées dans les glaces par les
poussières et les acides qu’elles ont émis, définissent aussi des
références.
marins.
Evolution climatique naturelle
À l’aide de cette panoplie d’outils, de nombreuses études ont montré
qu’en Antarctique centrale, les isotopes de l’eau peuvent
quantitativement être utilisés comme indicateurs de la température du
passé. Seul le carottage de Vostok permet de couvrir quatre cycles
climatiques (Un cycle climatique est défini par la succession d’une
période interglaciaire et d’une période glaciaire.), soit environ 400
000 ans. L’un des résultats phares du projet Vostok (cf. figure 4, page
ci-après) est le parallélisme des variations de la température de l’air
et de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre. Ce
résultat, combiné avec une approche de modélisation, suggère qu’environ
la moitié de la variation climatique glaciaire- interglaciaire
trouverait son origine dans l’effet radiatif des gaz à effet de serre,
amplifié par d’autres rétroactions du système climatique comme
l’étendue des glaces de mer, la réponse de la végétation, l’humidité de
l’air…
Les aérosols de Vostok sont plus abondants durant les périodes
glaciaires. Cette augmentation résulte d’une aridité continentale plus
prononcée, de vents plus soutenus et d’un transport méridien accentué
par suite d’un gradient de température plus intense entre les tropiques
et les pôles.
Au Groenland, deux équipes, européenne (GRIP) et américaine (GISP2),
ont creusé la calotte jusqu’au socle rocheux. Les séries obtenues (cf.
figure 5, page ci-après) ne permettent pas encore d’affirmer que les
précédentes périodes chaudes, interglaciaires, comme celle que nous
vivons, connaissent un climat stable. En revanche, elles ont montré
l’incroyable instabilité du climat en période glaciaire, période
marquée par une succession de variations climatiques rapides
s’effectuant en quelques dizaines d’années. Ces
variations climatiques s’accompagnent d'événements abrupts en méthane,
indiquant qu’elles concernaient une vaste étendue géographique incluant
potentiellement les régions tropicales.
Dans les glaces groenlandaises, plus acides et plus riches en impuretés qu’en Antarctique, le CO2 des bulles d’air réagit avec la glace ; il ne retrace donc pas directement l’évolution de l’atmosphère.

Figure 4 : Quatre cycles climatiques archivés dans les glaces de Vostok. Sont représentés, de haut en bas,
la composition isotopique en deutérium (δD), la concentration en dioxyde de carbone (CO2), la concentration en méthane (CH4), la teneur en calcium (Ca) et l’excès en deutérium (d) en fonction du temps, depuis il y a 400 000 ans jusqu’à nos jours.
Les mesures couvrent quatre cycles glaciaire-interglaciaire. Le dernier
épisode chaud s’est produit il y a 125 000 ans. Le dernier maximum
glaciaire a eu lieu il y a 20 000 ans. Un cycle dure environ 100 000
ans, δD et d signent les température du passé, les épisodes chauds
correspondant aux pics de δD. Les époques glaciaires sont marquées par
des précipitations très pauvres en deutérium ; elles apparaissent en
creux. Les concentrations en gaz à effet de serre, obtenues à partir des bulles d’air fossile, sont données en ppm (parties par millions) ou ppb (parties par milliards).
Elles sont élevées lors des périodes chaudes et basses pendant les
épisodes froids. La teneur en calcium, exprimée en nanogrammes par cm3,
est un indicateur de la quantité de poussières ; elles sont plus
abondantes pendant les périodes glaciaires.
Par ailleurs, les profils de température passée varient selon la
méthode utilisée : ainsi, le réchauffement glaciaire-interglaciaire est
évalué à 10 °C par les isotopes de l’eau et 20 °C par deux autres
méthodes (fractionnement des gaz dans le névé, inversion du profil de
température mesuré dans le trou de forage).

Figure 5 : Un cycle glaciaire à GRIP. Mêmes définitions que pour la figure 4 mais ici l’échelle horizontale de temps ne couvre que 140 000 ans. δ18O, de même que δD, sert à connaître la température du passé. Noter la forte instabilité du climat pendant la période glaciaire.
En fait, les modèles de circulation générale de l’atmosphère ont
élucidé cette divergence en montrant que la répartition saisonnière des
précipitations a changé depuis 20 000 ans. Les précipitations sont
actuellement plus importantes en hiver (biaisant le thermomètre
isotopique vers le froid) alors qu’elles sont plus importantes en été
(biaisant vers le chaud) pendant une période glaciaire. Les isotopes de
l’eau sous-estiment donc le changement moyen annuel de la température
dans cette région.
De même, les aérosols des glaces groenlandaises apportent des résultats
différents de ceux de l’Antarctique, en particulier à cause de la
proximité du Groenland avec les continents voisins, qui réduit le temps
de transport. Les émissions biogéniques d’ammoniaque ou de composés
organiques volatils se sont accrues durant la période interglaciaire
actuelle, comparée à la dernière glaciation,
car les grandes calottes glaciaires nord américaine et eurasienne, en
fondant, ont laissé place aux forêts boréales. De plus, à travers ces
données, les feux de forêt boréale semblent moins fréquents du début de
l’Holocène (il y a 10 000 ans) à nos jours.
Evolution anthropique de l'environnement
L’un des grands apports scientifiques de l’étude des glaces concerne
la quantification de l’impact de l’activité humaine sur la composition
de l’atmosphère. Le résultat le plus marquant porte sur les teneurs en
gaz à effet de serre.
L’analyse conjointe des carottes groenlandaise et antarctique a
démontré sans ambiguïté que, depuis environ 150 ans, les teneurs en CO2, CH4, et en N2O
ont constamment augmenté, pour atteindre désormais des valeurs
respectivement supérieures de 30 %, de 150 % et de 15 % aux teneurs
pré-industrielles.

D’autres polluants montrent un comportement différent en Antarctique et
au Groenland. Ainsi, les sulfates, issus de l’évolution atmosphérique
des produits soufrés de la combustion du charbon et du pétrole,
augmentent au Groenland d’un facteur 3 à un facteur 5, en deux paliers
centrés sur les années 1900 et 1950. Depuis
1980, ces teneurs semblent décroître, reflétant les mesures prises pour
limiter les émissions industrielles de dioxyde de soufre. En
revanche, en Antarctique, les teneurs en sulfate ont peu varié depuis
100 ans, ce qui traduit très probablement l’éloignement des sources et
le court temps de résidence du sulfate dans l’atmosphère (quelques
jours).
Les glaces du Groenland révèlent également un impact de l’activité
humaine bien plus ancien que la révolution industrielle. En effet, on y
détecte un net pic de plomb durant le développement des civilisations
gréco-romaines, il y a 2 000 ans. Les activités minières et la
sidérurgie étaient alors suffisamment développées pour engendrer une
pollution atmosphérique de l’hémisphère nord. Toutefois, ce pic de
plomb est mineur par rapport aux teneurs modernes, qui se sont accrues
d’un facteur 20 entre le XIXe siècle et 1970.
L’actuelle baisse des teneurs fait suite à la récente mise en
service de pots catalytiques nécessitant l’emploi d’essence sans plomb,
mais ces teneurs restent encore environ deux fois supérieurs aux
teneurs pré-industrielles.
Glaciers tropicaux et glaciers tempérés
Les glaciers tropicaux et les glaciers des latitudes tempérées permettent de compléter les données glaciologiques. Certains
éléments enregistrés dans la glace polaire présentent un temps de
séjour très limité dans l’atmosphère, produisant ainsi des disparités
spatiales prononcées. De même, les variations de température ou
d’accumulation reconstruites en région polaire ne peuvent pas être
extrapolées aux régions de plus basse latitude.

Enfin, les glaciers tropicaux et tempérés, proches des sources
anthropiques de polluants, donnent accès à des pollutions non
mesurables dans les régions polaires. Pour toutes ces raisons, des
campagnes de forage sont aussi mises en place sur ces glaciers.
La logistique est souvent difficile à mettre en œuvre car les glaciers
utilisables à des fins glaciologiques doivent être les plus froids
possibles, ce qui implique d’aller à très haute altitude dans les
chaînes montagneuses.
Grands projets en cours
Les vingt dernières années ont vu l’obtention de résultats
spectaculaires permettant de documenter les variations naturelles et
anthropiques du climat et de l’environnement, à partir de carottage
dans les régions polaires et les glaciers continentaux. Si ces
résultats ont amélioré notre compréhension du système climatique, la
complexité de ce système nous pose encore de multiples questions.

De grandes opérations de carottage dans les glaces, auxquelles sont
associés les laboratoires français (LSCE, LGGE) sont en cours ou
prévues. Elles visent à éclaircir des aspects spécifiques du système
climatique : la variabilité régionale, avec le programme européen EPICA
en Antarctique (Dome Concordia ; Dronning Maud Land) ; la stabilité du
climat de l’hémisphère nord au cours du dernier âge interglaciaire,
avec une campagne danoise au Groenland à laquelle collaborent
Européens, Japonais et Américains (North GRIP) ; la variabilité récente
du climat et de l’environnement en Amérique du sud, grâce à une série
de forages réalisés dans les Andes par l’Institut de recherche pour le
développement (IRD).
Des éclaircissements très attendus…
Pour les enfants

Source : Futura-Sciences
samedi 12 novembre 2005
Le plus grand iceberg du monde s'est brisé
Séparé de la banquise
il y a cinq ans, il était le plus grand iceberg du monde. L'iceberg
B15A, qui mesurait encore 115 kilomètres de long pour une surface de
2500 km² il y a tout juste deux semaines, vient de se briser au cap
Adare, en Antarctique.
L'iceberg géant B15A en collision dans la mer de Ross
Cliché du satellite européen Envisat
(Crédit : ESA)
C’est le radar ASAR (Advanced Synthetic Aperture Radar) du satellite Envisat de l’ESA qui a donné l’alerte, le 30 octobre dernier. Chargé du suivi de cet iceberg depuis le début de l’année, ses dernières images ont révélé que l’iceberg géant s’est scindé en neuf blocs de glace longilignes.
«
Les blocs ciselés laissent à penser que l’iceberg s’est découpé suivant des lignes de faiblesse structurelles». Avant l’impact, «
des crevasses avaient déjà dû se dessiner dans la glace», a précisé Mark Drinkwater, de l’ESA.
Apparemment, l’iceberg s'est brisé au Cap Adare, situé à la pointe la plus au nord de Victoria Land. Naturellement, les noms retenus pour les nouveaux blocs de glace héritent de celui de leur père : les trois plus grands ont ainsi été nommés B15M, B15N et B15P.
Crédit : Central Intelligence Agency
Le satellite Envisat
C'est le satellite Envisat de l'ESA qui assurait le suivi de cet iceberg et a permis d'obtenir les images de la collision.
Envisat a été lancé le premier mars 2002 de la base de Kourou, à l’aide d’une fusée Ariane 5. Ses objectifs sont de sonder et d’analyser l’atmosphère, les masses océaniques et les terres émergées.
Pour ce faire, il dispose de 10 instruments spécialisés fournis par l’ESA et plusieurs de ses partenaires européens. Par exemple :

![]()
Le satellite européen Envisat
(Crédit : ESA)
Source : Futura-Sciences
vendredi 21 octobre 2005
Fonte des Glaces de l'Arctique
Un été
amaigrissant pour les glaces de l’Arctique
Les glaces de mer de l’Arctique ont atteint une taille
record par sa petitesse, selon des mesures effectuées par des chercheurs
américains. Ces glaces qui s’étendent sur l’océan Arctique diminuent pendant
l’été avant de croître de nouveau au cours de l’hiver. La taille minimale est
généralement observée en septembre. Cette année, l’étendue de glace ne mesure
que 5,32 millions de kilomètres carrés, la plus petite taille enregistrée une
fin d’été depuis le début de la surveillance satellite, en
1979.
Ces quatre dernières années ont été marquées par une perte
estivale plus importante qu’entre 1979 et 2001, notent les chercheurs du NSDIC
(National Snow and Ice Data Center), de l’université de Boulder et de celle de
Washington. Depuis 2002 l’etendue des glaces flottantes mesurée en septembre est
20% inférieure à celle mesurée entre 79 et 2001. Ce déclin représente une
surface de 1,3 million de km2, selon leurs calculs.
Ces chercheurs estiment qu’une phase de déclin à long terme
est enclenchée et que le réchauffement climatique global en est le principal
responsable. D’autres climatologues invoquent l’oscillation Arctique, un cycle
météorologique à grande échelle lié à des variations de pressions atmosphériques
qui pourrait aussi jouer un rôle important. Il est cependant peu probable que
l’action de l’homme n’y soit pour rien du tout.
Pour aller plus loin sur Les changements climatiques en Arctique :
http://www.ec.gc.ca/climate/CCAF-FACC/Science/fact/arctic_f.htm#3
Source :
http://sciences.nouvelobs.com//sci_20050929.OBS0631.html?1654








































